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L'ÉPISCOPATde Mgr Jean Bricaud et sa succession: Révision

L'ÉPISCOPAT

de Mgr Jean Bricaud et sa succession

par Robert AMBELAIN

I L'HOMME

Dans « L'Abbé Julio, (Mgr Julien Houssay), sa vie, son oeuvre » (1), nous avons établi les validités épiscopales de Mgr Vilatte, puis de Mgr Miraglia, qui consacra Mgr Houssay. Nous étudierons maintenant rapidement la validité de ses successeurs directs, continuateurs de son oeuvre, et tout d'abord, du seul évêque qu'il consacra : Mgr Giraud, qui fut et mourut patriarche de l'Eglise Gallicane.

 

Louis-Marie-François Giraud naquit à Pouzauges (Vendée), le 6 mai 1876. Entré à la Trappe de Fontgombault en 1892, a seize ans, il y reçut les divers Ordres Mineurs ; clerc; portier, lecteur, exorciste, acolyte. Toutefois, pour des raisons que nous n'avons pu connaître, il décida de quitter ce couvent (sic pour monastère ?). Par la suite, ayant connu Mgr Vilatte, il fut ordonné par ce dernier aux Ordres. Majeurs, C'est ainsi qu'il reçut le sous-diaconat le 14 octobre 1906, le diaconat le 19 mars 1907, et le presbytérat le 21 juin 1907, dans l'église de la rue Bourseau, à Paris.

 

Ayant connu par Mgr Vilatte l'Abbé Julio, (devenu. Mgr Houssay), ce dernier, qui appréciait fort ses qualités morales et intellectuelles autant que son dévouement total, décida de lui conférer l'épiscopat. La cérémonie eut lieu le 21 juin 1911, dans la chapelle d'Aïre, près de Genève, en territoire helvétique, et devant de très nombreux témoins.

 

La Charte de Consécration, délivrée à cette occasion par Mgr Houssay, apporte la preuve du sacerdoce et de l'épiscopat de Mgr Giraud. Voici ce texte important :

 

« Nous, Julien Houssay, Archevêque de l'Eglise Universelle par la Grâce de Dieu, et tenant Notre titre de saint Pierre Apôtre, Evêque d'Antioche, ce par la succession ininterrompue des Evêques et des Patriarches attachés à ce siège, déclarons et certifions à tous et à chacun qui prendront connaissance des présentes Lettres, que Notre collaborateur et fils bien-aimé Louis-Marie-François Giraud, né de parents légitimes à Pouzauges (Vendée), diocèse de Luçon, le 6 mai 1876, ordonné Prêtre par Monseigneur Vilatte le 21 juin 1907, a été élevé par Nous, après mûr examen, volontairement et librement, à la dignité épiscopale, le 21 juin 1911, dans la Chapelle d'Aïre (Suisse), près de Genève, -- 62 -- et que cette Cérémonie s'est accomplie selon le Rite du Pontifical Romain, en présence de Joseph Pouchin, prêtre et curé de la paroisse Jeanne d'Arc à Paris, de Félix Carrier, prêtre et ancien curé de Genève, de Joseph Gazel, de Genève, de Jean Meyer, d'Albert Bayclet, d'Alexandre Dubosson, et d'Adolphe Bienu, tous domiciliés à Aïre, et autres nombreux témoins qui ont signé avec Nous.

« Donné les présentes Lettres, munies de Notre sceau, le 21 juin 1911, à Aïres, près Genève (Suisse) :

signé : Julio » (Sceau).

Ici, nous abordons un carrefour très important de la succession de l'Abbé Julio. De Mgr Giraud, d'autres évêques sont issus, dans le cadre de l'Eglise Gallicane. Toutefois, rigoureusement conforme à la pensée catholique, ne se différenciant simplement de l'église catholique française soumise à Rome que par son rejet de la hiérarchie et de la discipline romaine, simplement autocéphale en somme, cette Eglise Gallicane n'est pas demeurée dans la pensée de Mgr Houssay. C'est pourquoi, par la suite et peu avant sa mort, Mgr Giraud considèrera l'Eglise Gnostique comme la véritable continuatrice de celle-ci.

 

Et, en effet, ayant parfaitement connu Papus, fréquenté les Martinistes, les Gnostiques, Mgr Giraud consacra le 21 juillet 1913, à la Mine-Saint-Amand-Roche-Savine, près d'Ambert (Puy-de-Dôme), le prêtre gallican Jean Bricaud, qu'il avait ordonné lui-même, dans le même lieu, le 25 juillet 1912, soit un an ,auparavant, lui transmettant, préalablement à la prêtrise, le diaconat.

Mgr Bricaud, martiniste (il fut Grand-Maître de l'Ordre Martiniste dit de Lyon), disciple de Teder et de Papus, devait par la suite constituer une Eglise réelle, laquelle, origéniste et gnostique, devait grouper par le monde tous les martinistes et maçons chrétiens rattachés à cet Ordre.

 

Lors de l'occupation de la France par les armées nazies, s'instaura en zone libre le tristement célèbre « Gouvernement de Vichy ». Lyon étant en zone libre, (quelle ironie !), la police politique du nouveau régime perquisitionna au domicile de feu Mgr Bricaud, qu'elle désirait interroger, (bien qu'il fût décédé depuis 1934 !) et où résidait son successeur, Mgr Chevillon. Les policiers s'emparèrent des archives martinistes et gnostiques, et elle saisit les Chartes d'Ordination et de Consécration signées de Mgr Giraud, on s'en doute. Aussi, immédiatement, dans certains milieux « intégristes » de l'Episcopat catholique, on exulta. Plus de documents probateurs, partant plus d'Eglise Gnostique possible !

 

Pour des raisons qui tenaient au maintien de l'Eglise Gallicane de son vivant, Eglise que l'on laissait relativement en paix, Mgr Giraud demeura silencieux plusieurs années, ne confirmant ni ne démentant la validité de Mgr Bricaud. Puis, sentant sa fin prochaine, sachant qu'il y avait peu de chances que son Eglise survive à sa mort, il réalisa, après la Libération, l'acte définitif établissant la validité de Mgr Bricaud, et l'apostolicité de son Eglise Gnostique.

 

Il s'en, était ouvert, longtemps auparavant, à certains intimes, malgré l'isolement dans lequel on le maintenait pratiquement alors. Ce furent ces derniers qu'il chargea des modalités matérielles de cet ultime témoignage. Voici cette pièce. Nous conservons volontairement l'anonymat aux deux témoins patentés dont les noms figurent, comme d'ailleurs pour tous les successeurs de Mgr Bricaud encore vivants. Le lecteur comprendra certainement pourquoi.

 

-- 63 --

PROCÈS-VERBAL DE CONSTAT

Ici : Timbre

L'an mil neuf cent quarante-huit, et le mardi premier juin.

A la requête de Monsieur Charles-Emile-Louis A..., commerçant, demeurant à Bordeaux... (suit adresse)... Lequel, préalablement au constat qui va suivre, nous expose que, au cours d'une entrevue qu'il a eu avec Monseigneur Louis-Marie-François Giraud, Archevêque d'Almyre et Patriarche de l'Eglise Catholique Apostolique et Gallicane, né à Pouzauges(Vendée), en le Diocèse de Luçon le 6 mai 1876, il avait été convenu que Monseigneur Giraud confirmerais, en présence de témoins, la validité de la Consécration de Monseigneur Jean Bricaud,

Qu'il a intérêt à ce que nous soyons présent lors de cette confirmation, afin que nous constations les déclarations que fera Monseigneur Giraud, et qu'il nous requiert de l'accompagner à cet effet,

Nous, Serge Arthozoul, Huissier près le Tribunal Civil de Bordeaux, y demeurant 52, Cours Georges Clémenceau, soussigné,

Déférant à cette réquisition, nous sommes transporté aujourd'hui premier juin 1948, à dix-sept heures, à Gazinet (Gironde), lieu-dit le Domaine Mathieu et Siège de l'Eglise Catholique Apostolique et Gallicane,

accompagné de Monsieur Charles-Emile-Louis A , requérant, né à Bordeaux le

1904, et de Monsieur Pierre C commerçant, demeurant à Bordeaux.

né le à (Basses-Pyrénées).

Sur la demande de Monsieur A , nous avons été introduit, par une personne à son service, auprès de Monseigneur Louis-Marie-François Giraud, Archevêque d' Almyre et Patriarche de l'Eglise Catholique Apostolique et Gallicane, auquel nous avons été présenté par Monsieur A qui lui a exposé le but de notre visite, qui est de lui entendre confirmer l'authenticité de l'apostolicité de Monseigneur Jean Bricaud, consacré Evêque par Monseigneur Giraud, à la Mine-Saint-Amand-Roche-Savine, arrondissement et canton d'Ambert (Puy-de-Dôme), afin que nous constations cette déclaration.

Monseigneur Giraud nous a alors exposé qu'en effet, il reconnaît avoir consacré et élevé à l'Episcopat Monseigneur Bricaud Jean, sous le nom de Jean II, le 21 juillet 1913, à la Mine-Saint-Amand-Roche-Savine, et cela librement, volontairement et avec l'intention, et lui a bien ainsi transmis réellement et indiscutablement la plénitude du Pouvoir d'Ordre.

 

Au cours de son exposé, Monseigneur Giraud a déclaré, avec précision et une grande clarté de mémoire, quelles furent les périodes de sa carrière sacerdotale, ainsi que ses relations avec divers Prêtres et Prélats, nous relatant même les détails les plus précis sur l'Eglise Orthodoxe Latine, ainsi que sur ses relations avec Monseigneur Bricaud, et en particulier sur sa Consécration, et, à quatre reprises différentes, Monseigneur Giraud a bien précisé qu'il considérait Monseigneur Bricaud comme Evêque, que la validité de cette Consécration était incontestable, et qu'à la mort de Monseigneur Bricaud, il avait dit une Messe avec mitre et crosse à son intention, rendant ainsi hommage à la mémoire sacerdotale de Monseigneur Bricaud. Et Monseigneur Giraud a ajouté que, quoi que l'on fasse ou qu'en disent les méchants, il avait foi en la survivance de l'Eglise Gnostique.

Telles sont les constatations que nous avons faites, et les déplorations que nous avons enregistrées, après quoi nous nous sommes retirés.

De tout quoi, nous avons dressé le présent procès-verbal de constat, pour servir et valoir ce que de droit. Sous toutes réserves.

Coût : Mille cent trente-trois francs.

signé : Arthozoul (Sceau)

Enregistré à Bordeaux, deuxième Huissiers, le quatre juin 1948, folio 49, case 1532.

Reçu soixante francs

signé : illisible

 

On lira plus loin un texte de 1913 qui prouve que Mgr Bricaud fut, à cette époque, l'évêque-coadjuteur de Mgr Giraud, dans l'Eglise Orthodoxe Latine, qui précéda l'Eglise Gallicane.

 

Sans doute pourra-t-on, dans les milieux fanatiquement hostiles à toute liberté de pensée, (nous ne faisons nullement allusion ici à la Hiérarchie catholique romaine, mais à telles organisations réactionnaires laïques qui n'hésitèrent pas à faire assassiner le successeur de Mgr Bricaud, Mgr Chevillon), sans doute pourra-t-on envisager la destruction du registre, voire de l'étude de Me Arthozoul... Ce serait inutile. Nous savons de source certaine que cet acte capital a été photographié, et des exemplaires remis à tous les Evêques Gnostiques, français ou étrangers.

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Et d'ailleurs, cet Acte pouvait ne pas être établi. Il demeurait d'autres documents probateurs de la validité épiscopale de Mgr Bricaud. Les voici :

 

La revue mensuelle de l'Eglise Catholique 2 Apostolique Gallicane, de Mgr Giraud, existe en de nombreux exemplaires, dispersés dans les Bibliothèques de l'Etat comme dans celles privées. On ne peut pas tout détruire...

 

Et cette revue, « Le Gallican », en son numéro de mars 1934, publia cet entrefilet :

« Nécrologie. -- Nous apprenons la mort, survenue à la suite d'une pénible maladie, de S.E. Mgr Bricaud, Evêque de l'Eglise Gnostique de Lyon, un ami très sincère et très cher à notre Eglise et à son Patriarche.

 

La même revue, en son numéro suivant, (Avril 1934), dit encore ceci :

« Service anniversaire. -- Un service de quarantaine fut célébré le dimanche 8 avril 1934, à la mémoire de Mgr Bricaud, Evêque des Gnostiques, et récemment décédé. Mgr Bricaud était, non seulement un ami personnel de notre Patriarche, mais il était encore son fils spirituel, car notre vénéré pasteur avait été, lui, son consécrateur. »

 

Par la suite, ce fut encore Mgr Giraud qui, le 3 novembre 1935, éleva à la Prêtrise celui qu'il avait précédemment ordonné sous-diacre et diacre, Mgr Chevillon. Et ce fut le même Mgr Giraud qui le consacra évêque par la suite (et non pas Mgr Bricaud).

 

Mais il existe encore d'autres preuves et d'autres témoignages de la parfaite et totale régularité de Mgr Bricaud. Ici, nous laisserons la parole à une étude fort intéressante réalisée en 1945 par Robert Amadou, pour le compte de certains successeurs de Mgr Blanchard, à titre privé :

 

« Nous devons, pour être complet, et afin d'accumuler les preuves, donner ici le résumé d'une autre affaire qui établira, s'il en était encore besoin, l'épiscopat de Jean Bricaud.

Lorsque Jean Bricaud, pour des questions d'administration ecclésiastique, entra en rapport avec Mgr Mathieu (Mathew) (2), il le fit d'abord par l'intermédiaire du Secrétaire de ce dernier. Le Secrétaire, peu au courant des règles de validité d'une ordination et d'une consécration, proposa à Jean Bricaud d'être « régularisé ». Bricaud, qui désirait préparer un terrain d'entente pour ses conversations avec Mathieu, accepta cette proposition. C'est ainsi que Jean Bricaud fut réordonné au diaconat et à la prêtrise, et reconsacré à l'épiscopat, non par Mgr Mathieu lui-même, mais par son coadjuteur, Mgr de Lignières (de son vrai nom Laurain). »

 

Nous n'avons pu retrouver à Lyon les trois certificats (diaconat, prêtrise, épiscopat) que Madame Jean Bricaud affirme avoir eu entre les mains et examiné maintes fois, avant les perquisitions dont sa demeure, a été l'objet. Par contre, nous avons appris et constaté l'existence, dans les archives de l'Eglise Gnostique de Lyon, d'une lettre dans laquelle Mgr Mathieu offre à Mgr Bricaud de lui donner le pallium. Mgr Mathieu, dont on connaît les légitimes exigences en matière de régularité, considérait donc alors Bricaud comme validement Evêque (3) ...

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D'autre part, le bulletin gallican (« Le Réveil catholique ») (4), dirigé par Mgr Mathieu, publia, avec la Généalogie épiscopale de son Directeur, une division de la France en 8 évêchés régionaux. A la tête d'un de ces évêchés était Mgr Bricaud. On voit là une nouvelle preuve de la validité de l'épiscopat de Jean Bricaud aux yeux de Mgr Mathieu.

 

Sans doute, le Gouvernement de Vichy a-t-il pu saisir puis détruire, au cours des perquisitions de 1941, les archives de l'Eglise Gnostique et notamment les certificats d'ordination et de consécration de Mgr Bricaud. Mais ces pièces avaient été visibles durant des années à Lyon, du vivant de Mgr Bricaud, puis de Mgr Chevillon lui-même ! Personnellement, l'existence de ces pièces nous fut attestée par plusieurs témoins qui, non seulement les virent; mais les eurent en main ! Nous citerons simplement : M. Constant Chevillon, M. Paul Laugénie, Mme Bordy, M. Georges Lagrèze, M. Victor Blanchard, M. et Mme Henry Dupont.

 

Ces pièces, au nombre de deux, étaient :

1°) le certificat d'ordination (diaconat et presbytérat) de Jean Bricaud, par Mgr Louis-Marie-François Giraud, daté de la Mine-Saint-Amant (Puy-de Dôme), le 25 juillet 1912.

2°) le certificat de consécration (épiscopat) de Mgr Jean Bricaud, par Mgr Louis-Marie-François Giraud, daté de la Mine-Saint-Amant (Puy-de-Dôme), le 21 juillet 1913. Cette pièce était signée de :

Louis, évêque gallican

Jean, évêque des Gaules

Jean, Comte de Saint-Sever, témoin.

 

Après l'avoir consacré, d'ailleurs, Mgr Giraud ne cessa d'entretenir de bonnes relations avec Mgr Bricaud. On lit dans « Le Réveil Gnostique » N° 35, Mai-Août 1913) : « L'Église Orthodoxe Latine a pour Evêque en France : Mgr L. Giraud, Primat, et Mgr J. Bricaud, Coadjuteur. Ces évêques tiennent leurs pouvoirs épiscopaux du Patriarcat d'Antioche. »

 

Voici donc encore un document probateur de plus !

 

Et comment, en fait, après tous ces témoignages, ces souvenirs, même si Mgr Giraud n'avait pas, avant de mourir, attesté une dernière fois, de façon définitive, de l'apostolicité de Mgr Bricaud, comment douter encore de celle-ci ?

 

La logique même fait justice de ces soupçons intéressés.

 

Pourquoi Jean Bricaud, si soucieux de régularité, aurait-il demandé à Mgr Giraud la consécration épiscopale, alors qu'il n'avait pas reçu les ordres inférieurs ? Pourquoi, s'il tenait à l'épiscopat, et si Mgr Giraud acceptait de lui transmettre ce degré suprême, pourquoi Jean Bricaud n'aurait-il pas prié son consécrateur de l'élever successivement au diaconat, à la prêtrise et enfin à l'épiscopat ? Si un Evêque consent à consacrer un candidat, il ne saurait lui refuser les ordinations qui, dans la hiérarchie chrétienne, mènent à la plénitude du sacerdoce...

 

Et peut-on supposer un instant que Mgr Giraud aurait consacré Evêque un individu dont il ignorait qu'il possédât ou nom le diaconat et la prêtrise ?

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Peut-on imaginer que Mgr Giraud ait effectué un acte aussi grave qu'une consécration sans s'entourer de tous les renseignements et de toutes les garanties nécessaires ?

 

Tout semble donc confirmer la déclaration très vraisemblable des témoins cités plus haut. Cependant, la validité de l'épiscopat de Mgr Bricaud n'est pas liée à l'exactitude de ces déclarations.

 

Ici, nous citerons de nouveau. Robert Amadou :

 

« En effet, quelle qu'ait été la situation ecclésiastique de Jean Bricaud avant le 21 juillet 1913, si la consécration s'est effectuée régulièrement, (ce dont nul ne doute)-, Jean Bricaud est vraiment Evêque. La seule consécration épiscopale peut, d'un laïc, faire un évêque. A l'appui de cette, thèse, nous fournirons des preuves tirées :

a) de l'enseignement quasi unanime des théologiens;

b) de l'histoire profane et de l'Ecriture,

c) de la Liturgie.

 

Mais, auparavant, il ne sera pas inutile de rappeler la distinction capitale entre licéité et validité. Il est bien entendu que l'ordination ou la consécration d'un ordinand qui n'aurait pas reçu les degrés précédents (ordination d'un prêtre qui ne serait pas diacre, consécration d'un évêque qui ne serait pas prêtre), une, telle ordination est formellement interdite par le Codex. Et toutes les Eglises chrétiennes qui suivent le Droit Canon proclameront illicite cette ordination qualifiée d'ordination « par saut ». Le Codex déclare en propres termes : « Les ordinations par saut sont absolument prohibées ». (Ordinationes per saltum, omnino prohibentur - Codex J.-C. N. 977).

 

« Mais nous ne nous occupons pas de la licéité ! La seule question qui nous intéresse est de savoir si une telle ordination est valable, de même qu'est illicite mais valable pour l'Eglise Romaine toute ordination ou consécration opérée hors de sa communion et sans son consentement par un Evêque régulier. Nous résumerons les principaux arguments qui militent pour la thèse de la validité des ordinations par saut (per saltum) ou de la consécration directe d'un laïque.

 

 

I. -- OPINIONS DES THEOLOGIENS.

-- Nous donnerons seulement quelques références à des ouvrages classiques

Lehmkuhl -- Théologia Moralis, II, N. 734

Noldin -- De Sacramentis, n. 477

Capello -- De sacra ordinatione, n. 417 2.

Bucceroni -- Institutiones theologiae moralis, II n. 890

Gasparri -- Tractatus canonicus de sacra ordinatione

Laurain -- Article in « Le Canoniste », (août 1895)

Or, tous ces auteurs se prononcent en faveur de la validité des ordinations « par saut ».

 

II -- PREUVES TIREES DE L'HISTOIRE ET DE L'ECRITURE SAINTE.

-- De l'unité du Sacerdoce.

La thèse que nous défendons, repose sur l'unité de la fonction sacerdotale. Or, cette conception du sacerdoce est la seule que justifièrent à la fois l'Ecriture sainte et l'Histoire profane. Institué et transmis comme un tout, le sacerdoce a été en quelque sorte fragmenté, ses charismes ont été transmis, non plus en -- 67 -- une seule opération, mais au cours de cérémonies successives. On institua pour les besoins de l'administration, la fonction de surveillant d'épiscope. Et, plus tard, on réserva aux titulaires de cette fonction certains pouvoirs sacerdotaux. Mais, à l'origine, il y a unité entre tous ces pouvoirs, et celui qui les détient tous, est appelé le prêtre (Presbytre) ou parfois, l'évêque (épiscope), car les textes de l'âge apostolique montrent l'imprécision qui règne dans l'attribution des titres de prêtre et d'évêque. Ces deux titres, ces deux notions, sont fréquemment utilisés l'un pour l'autre. On emploie indifféremment l'un ou l'autre terme. De nombreux passages du Nouveau Testament témoignent de l'unité originelle de la, fonction sacerdotale, base de notre thèse de la validité des ordinations « par saut », (per saltum).

 

« Ainsi, on lit dans les Actes des Apôtres (c. XIV y. 23) : « Dans chacune de leurs églises, ils (les Apôtres) imposèrent les mains à des presbytres après avoir prié et jeûné ». Texte que le T.R.P. Ruzy, Supérieur Général des « Prêtres du Sacré-Coeur » commente en ces lignes : « Ces Presbytres devaient être des prêtres, peut-être avaient-ils aussi la plénitude du sacerdoce par l'épiscopat. » Plus net encore le texte d'Actes, XX, 17 : Paul « envoya dire aux presbytres de l'Eglise de venir, et il leur dit : Veillez donc sur vous-mêmes et sur tout le troupeau sur lequel l'Esprit-Saint vous a établis Evêques ». Et le R.P. Ruzy de conclure : « Les presbytres sont maintenant qualifiés d'épiscopes. Ces deux noms et ces deux valeurs sont donc interchangeables ». Bien d'autres textes des Actes confirment cette opinion. Citons plutôt un texte de Saint-Paul (I. Tim. III.I) : « Si quelqu'un veut être épiscope, il obéit à un bon désir ». Commentaire du R.P. Rusy : « En la question très discutée des épiscopes-presbytres une chose est acquise aujourd'hui, c'est la synonymie parfaite des deux vocables ». Enfin, choisissons un dernier texte qui sera tiré de Saint-Pierre. Pierre, Evêque s'il en fut, s'exprime ainsi dans sa première épître : « Quant aux presbytres, voici les exhortations que je leur adresse : moi, presbytre comme eux... ». (I Pierre, V.I.) (Cf. encore Tite L, 5 à 7).

 

« Ces quelques passages du Nouveau Testament montrent qu'il serait vain de chercher à l'origine de l'Eglise une distinction nette entre prêtrise et épiscopat, donc entre l'ordination sacerdotale et la consécration épiscopale. Qui recevait la plénitude du sacerdoce recevait l'épiscopat avec toutes ses attributions. Plus tard, certaines de ces attributions seront mises à part pour permettre le dédoublement du Pouvoir, de la Fonction et de l'Ordre sacerdotal. Puisqu'être évêque c'est être élevé à la plénitude du sacerdoce, qui donc pourrait exiger la réception préalable d'un ordre inférieur qui y est contenu ? Cette conception de la genèse des ordres sans conception progressiste si l'on veut est, disions-nous, imposée aux théologiens par l'Ecriture.

 

« Voici comment elle est résumée par Mgr Gasparri dans l'ouvrage cité plus haut : « Une idée fort répandue au Moyen Age et dans les manuels de théologie récents, consiste à considérer les ordres suivant une classification exclusivement ascendante. De 'la tonsure à * l'épiscopat, les ordinations se superposent en s'élargissant, et chacune d'elles suppose la réception de tous les degrés antérieurs. En réalité, rien de plus faux que cette manière de voir. C'est la classification inverse qui est la vraie. Le plus haut degré de la hiérarchie, l'épiscopat, en est aussi le plus ancien. Le sacerdoce nous apparaît bientôt divisé en deux grades : le sacerdoce complet ou l'épiscopat, et le sacerdoce incomplet ou le presbytérat. C'est pourquoi nous ne trouvons pas, dans l'antiquité, la règle en vigueur de nos jours d'après laquelle chaque clerc doit successivement et sans omission recevoir tous les ordres.

 

« Autrefois, une carrière cléricale romaine pouvait très bien se composer des étapes suivantes : lecteur, acolyte ou sous-diacre, diacre (toutes fonctions que Mgr Gasparri qualifie de ministérielles), et Evêque. »

-- 68 --

Et M. Boudinhon, à qui nous avons emprunté ce long extrait, (Etude théologique sur les ordinations, anglicanes, Paris 1895, p. 38) conclut : « Il n'est pas certain que l'ordination presbytérale valide soit une condition nécessaire pour la valeur de la consécration épiscopale » (p. 37). Cela est si peu certain en effet, que M. Boudinhon applique ce principe au problème des ordinations anglicanes. Bien, qu'il se prononce lui-même contre la validité des ordinations et des consécrations anglicanes, il affirme que l'absence du presbytérat en la personne de Parker, ne suffit pas à prouver l'invalidité de sa consécration. Si donc Parker, le 17 décembre 1559, lorsqu'il reçut des mains de Barlow la consécration épiscopale, n'était pas réellement prêtre, la consécration aurait cependant pu être valable. Elle ne le fut pas, aux yeux du théologien romain, parce que son rituel était insuffisant. Mais le fait de n'avoir pas reçu les degrés antérieurs ne constitue pas un cas d'invalidité. « On ne saurait faire dériver la nullité des ordinations anglicanes de la nécessité du presbytérat comme condition préalable de l'épiscopat. » (p. 49). Voir aussi Boudinhon « De la validité des ordinations anglicanes ». (Paris s.d.)

 

« Telle est la véritable conception théologique du Sacerdoce. On voit les conséquences qui en découlent. Mais, fondée sur la théologie et sur l'exégèse, cette conception s'appuie aussi sur les données de la science profane. Nous indiquerons seulement quelques auteurs, peu suspects de sympathie pour la religion chrétienne, et qui confirment l'exposé qui précède :

Réville (Jean) « Les origines de l'épiscopat » - (Paris 1894)

Goblet d'Alviella « Les origines de l'épiscopat » - (Paris 1919)

V. Ernoni « Les origines de l'épiscopat » - (Paris 1903)

III. -- ARGUMENTS TIRES DE LA LITURGIE.

« Le Rituel du Pontifical: Romain » pour la consécration épiscopale renforce encore la thèse de l'Unité du Sacerdoce. La consécration épiscopale, disions-nous, confère la plénitude du sacerdoce. Elle complète l'ordination fragmentaire qu'est l'ordination presbytérale, mais elle renferme tout, le sacerdoce.

 

« Nous n'insisterons pas, comme il, serait aisé de le faire sur la présence de l'imposition des mains accompagnée de la formule : « Reçois le Saint-Esprit ». On pourrait montrer que cette cérémonie, essence de la consécration épiscopale, est aussi la seule dont l'Ecriture nous ait laissé la mémoire pour ordonner un homme au sacerdoce de Jésus-Christ. Cela est évident, et nous marquerons plutôt un petit fait qui témoigne de l'évolution subie par la notion du sacerdoce, et par les cérémonies destinées à le transmettre.

 

La plupart des traducteurs ou des commentateurs du « Pontifical », ont insisté sur la généralité du Rituel de Consécration. Bien des passages rappellent que ce Rituel peut conférer, d'un coup, le Sacerdoce. Il apparaît comme se suffisant à lui-même, et ne se réfère jamais aux ordinations antérieures. Mieux encore, il semble parfois les ignorer. C'est ainsi qu'un évêque, passé par la filière actuelle, a reçu deux fois en sa vie le pouvoir des Clefs. Ce pouvoir, en effet, lui est conféré au' cours de son ordination à la prêtrise par des mots et des gestes significatifs. Mais que lisons-nous dans la deuxième partie de la Préface lue au cours de la Consécration ? Nous lisons : « Donnez-lui, Seigneur, les clefs du Royaume des Cieux. Que tout ce qu'il aura lié sur la terre soit lié dans le Ciel. Que tout ce qu'il aura délié sur la terre soit délié dans le Ciel. Que les péchés soient retenus à ceux à -- 69 -- qui il les retiendra et remis à ceux à qui il les remettra. » C'est bien le pouvoir de remettre ou de retenir les péchés qui est ici transmis. Le consacré est donc supposé par ce texte dépourvu du caractère presbytéral qu'on voudrait aujourd'hui déclarer indispensable ! Comment d'ailleurs le consécrateur exprime-t-il le caractère général de la cérémonie ? Parle-t-il de compléter la dignité d'un prêtre ? Fait-il quelque allusion aux ordinations antérieures ? Qu'on en juge, car l'Evêque consécrateur prie ainsi : « Soyez propice à nos supplications, Seigneur, inclinez sur votre serviteur ici présent le vase fécond de la grâce sacerdotale ». Dira-t-on qu'une cérémonie ainsi orientée suppose quelque demi-sacerdoce préalablement reçu ? Et niera-t-on que la consécration épiscopale suffise à élever le laïque au degré supérieur, au sacerdoce divin que seul l'ordre sacré de l'Episcopat recèle intégralement ? » (5)

 

Nous n'ajouterons que quelques mots à cette excellente étude.

 

Il est bien évident que le général qui sort d'une école militaire avec le grade d'officier (aspirant, sous-lieutenant), ne saurait être inapte, sous le fallacieux prétexte qu'il n'a pas, auparavant, été caporal, caporal-chef, sergent, sergent-chef, adjudant, adjudant-chef !

 

Et de même, il est non moins évident que le Christ n'a constitué que deux degrés pour ceux qui étaient destinés à perpétuer Son message :

 

1°) -- les 12 Apôtres, à qui il donne de nombreux pouvoirs : guérison, exorcisme, don des langues, etc. Et ce n'est qu'à eux qu'il confère le pouvoir de célébrer la Cène, en souvenir de lui, et aussi celui des « clés ».

 

2°) -- Les 72 Disciples, à qui il confère le pouvoir de guérir les .malades, de chasser les Démons, de prêcher, et de baptiser, pouvoirs communs à eux et aux Apôtres. Mais il ne leur confère pas celui de célébrer la Cène, ni de perpétuer cette hiérarchie, privilège des Douze.

 

Par la suite, il semble évident que les Diacres, constitués par les Apôtres, ne sont que la perpétuation des soixante-douze Disciples. Et que les Episcopes sont la perpétuation des Apôtres. Ceci est indiscutable. Mais alors, lorsque les Douze constituent des épiscopes dans les diverses villes destinées à devenir le siège des premières Eglises (Antioche, Ephèse, Alexandrie, etc.), ils ne les font pas passer d'abord par le diaconat ! L'exemple d'Evode, premier successeur de Pierre sur le siège d'Antioche, le démontre sans discussion possible. Et l'Eglise primitive ne connaît que deux degrés : diacre, épiscope. De quel droit, dès lors, soutiendrait-on que les épiscopes, ces premiers évêques sacrés et désignés par les Douze, ne sont pas « réguliers » ?...

 

Poser le problème, c'est évidemment le résoudre.

 

Mais, de toutes *façons, on l'a vu, ledit problème ne s'applique pas à Mgr Jean Bricaud, qui reçut à deux reprises le diaconat, le presbytérat, et l'épiscopat, d'abord de Mgr Giraud, puis de Mgr Mathew.

 

On s'est parfois étonné que Mgr. Chevillon, successeur de Mgr Bricaud, n'ait pas été ordonné et consacré par lui. Nous allons, pour terminer, répondre à cette, question.

 

1°) -- Mgr Chevillon, que nous avons connu et fréquenté de façon suivie de 1935 à 1939 (6), n'a jamais mis en doute la validité et la régularité de son prédécesseur.

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2°) -- C'est parce qu'ils n'étaient pas en parfaite communion doctrinale et dogmatique que la consécration était impossible. La Tradition universelle de l'Eglise exige, en effet, pour que la transmission soit réelle et efficiente, que le Consécrateur et le Consacré soient en parfaite et totale synchronisation spirituelle.

 

3°) -- Mgr Bricaud mourut rapidement de maladie. Rien n'avait été prévu quant à sa succession. Et son ami Constant Chevillon ne songeait nullement alors à celle-ci. Sa formation religieuse était, à ce moment, plus proche du catholicisme romain que du gnosticisme origénien.

Ce n'est que mis en présence de ses responsabilités qu'il alla se faire ordonner et consacrer, on l'a vu, par Mgr Giraud.

 

4°) -- Ce dernier, par son acceptation inconditionnelle, confirmait déjà implicitement sa bienveillance à l'égard de l'Eglise Gnostique.

II. -- L'OeUVRE

 

Le successeur direct de Mgr Bricaud fut, de son vivant, Mgr Victor Blanchard, qu'il consacra le 5 mai 1918, selon le pontifical vieux-catholique, utilisé alors comme pontifical par l'Eglise Gnostique.

 

Voici la Charte de Consécration de Mgr Blanchard :

 

« Eglise Gnostique Universelle.

 

« Nous, Jean II, Souverain Patriarche de l'Eglise Gnostique Universelle, avons, le 5 mai 1918, élevé et consacré à l'Episcopat gnostique, pour Paris, le Frère Victor Blanchard.

« Nous demandons à tous nos Evêques, Prêtres, Diacres, et à tous les Frères de nos diverses Fraternités, de reconnaître les Pouvoirs qui lui ont été accordés par notre Sainte Eglise.

« Fait à Paris, le 5 mai 1918, Signé : Jean II (Sceau). »

 

Quelques années avant sa mort, Mgr Blanchard avait consacré plusieurs évêques gnostiques, lesquels ne fondèrent pas d'églises, (contrairement à l'usage !), et se contentèrent de vivre en solitaires la vie sacerdotale.

 

Parmi ces évêques, l'un d'eux devait assurer providentiellement et sans le prévoir, la survie directe de la filiation apostolique de l'Eglise Gnostique. Voici la copie de sa propre Charte de. Consécration :

 

« Eglise Gnostique Universelle.

« Nous, Victor Blanchard, par la Grâce de Dieu Evêque de l'Eglise Gnostique Universelle, consacré le 5 mai 1918 par Monseigneur Jean Bricaud. (Jean II), certifions qu'après avoir conféré au Frère Roger M... le Diaconat et la Prêtrise, nous l'avons élevé et consacré à l'Episcopat dans l'Eglise Gnostique Universelle, le sept janvier mil neuf cent quarante-cinq.

 

« Nous certifions qu'il a été procédé à ces Ordinations et à cette Consécration selon le Rituel prescrit par le Pontifical de l'Eglise Gnostique Universelle.

« Paris, le sept janvier mil neuf cent quarante-cinq,

Signé : + Victor Blanchard (T Targelius),

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Evêque de l'Église Gnostique Universelle (Sceau). »

 

Rappelons que le Pontifical de l'Eglise Gnostique Universelle n'était autre, à l'époque, que le Pontifical de l'Eglise. Vieille Catholique.

 

Voici maintenant la suite de la succession de Mgr Julio. C'est Mgr Roger M..., dont nous avons relaté ci-dessus la Consécration, qui l'assura en consacrant le 10 juin 1946, Mgr. R..., évêque de Samarie, qui devait devenir par la suite le Peri, chef de l'Eglise Gnostique sous le nom de Jean III.

 

Et voici la Charte de Consécration de cet évêque :

« Au nom de l'Essentiel, Existant par Soi, Dieu Tout-Puissant, Eternel, Amen.

« Nous Roger M..., in Ecclesia T Eon II, Evêque de l'Eglise Gnostique Universelle par la Grâce de Dieu, faisons savoir à tous par les présentes, qu'en les Fêtes de la Pentecôte 1946, les neuvième et dixième jours de Juin, après avoir conféré à notre cher Frère R..., le Diaconat et la Prêtrise, nous l'avons élevé et consacré à l'Episcopat de l'Eglise Gnostique Universelle, le tout selon les Rites du Pontifical Catholique Romain. Après lui avoir imposé les mains et consacré avec les saintes huiles, suivant la forme latine, nous lui avons confié le pouvoir de célébrer le Saint-Sacrifice, conférer les Sacrements, ordonner des Religieux et des Prêtres, consacrer les Eglises, Autels, Cimetières, etc. et d'accomplir ainsi toutes les fonctions sacerdotales et épiscopales.

« Donné en Notre Chapelle de Paris, ce 15 juin 1946, Signé : T Eon II (Sceau). »

 

Ici, il nous faut revenir de quelques années en arrière. A la mort de Mgr Bricaud, Mgr Giraud avait consacré le successeur de celui-ci, Mgr Constant Chevillon. Celui-ci devait être assassiné par la Milice du Gouvernement de Vichy, après un simulacre de perquisition (effectuée une première fois déjà en 1941 !), par plusieurs rafales de mitraillettes.

 

Son successeur fut Mgr Charles-Henry Dupont. Quelques années avant sa mort, Mgr Chevillon avait consacré un évêque, Mgr Fayolle. Et ce fut ce dernier qui consacra Mgr Dupont. Tous avaient à d'assez longs intervalles, depuis 1936, reçu les Ordres Mineurs, puis Majeurs, ainsi qu'en font foi les pièces d'archives que nous avons pu examiner. C'est ainsi que Mgr Dupont avait reçu les premiers le 31 juillet 1936, et n'avait été sacré évêque que le 15 avril 1948.

 

Avant sa mort, survenue le 1er octobre 1960, à l'âge de quatre-vingt-trois ans, en une magnifique lucidité d'esprit, il avait tenu, par une sorte de prescience, à assurer sa succession. Et voici l'émouvant document qu'il rédigea le 15 août 1960, en présence de trois témoins, hauts gradés du Martinisme, qu'il avait spécialement fait venir de Paris !

« Eglise Gnostique Universelle

Suprême Conseil du Haut-Synode

 

« Au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, uni de coeur et d'esprit à toutes les Intelligences qui peuplent les Saints Eons, qui prient avec Nous, et Nous assistent. Amen

 

« Nous, T Charles-Henry, par la Grâce de Dieu Evêque gnostique et patriarche de l'Église Gnostique Universelle (Catholique Gnostique), Successeur légitime et régulier de Nos Seigneurs regrettés T Constant (Constant Chevillon, et T Jean II (Jean Bricaud), à tous ceux qui ces présentes liront, salut en la Gloire du Divin Plérôme.

 

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« Considérant qu'il est de Notre devoir de perpétuer l'Eglise qui nous a été confiée, en désignant un Successeur en. Notre charge apostolique,

« Considérant que ce choix et cette désignation n'ont jamais été effectués par Nous jusqu'à ce jour,

« Considérant qu'il existe parallèlement à Notre Eglise et à nos côtés une Eglise Gnostique de même souche apostolique et de même doctrine, que son Chef a été régulièrement investi de l'Office Patriarcal par les huit Evêques constitutifs de son Haut-Synode, qu'il a en outre reçu, et selon le voeu ultime de feu le regretté Monseigneur Giraud, (consécrateur de notre propre Fondateur et Patriarche initial : feu Monseigneur Bricaud), le Pallium prélevé à la Chaire de Saint Pierre, et conféré à feu Monseigneur Giraud par Monseigneur Vilatte ; que ces huit Evêques suffragants, Chefs des Eglises secondaires de France, Belgique, Italie, Portugal, Brésil, etc. sont réellement chefs de Communautés chrétiennes-gnostiques, et appartiennent, à des titres divers, aux Organisations initiatiques laïques dont Nos Eglises sont les cellules spirituelles conductrices,

 

« Considérant en outre que le Chef de cette Eglise est actuellement le plus ancien Evêque Gnostique en activité, groupant une Hiérarchie et une Communauté réelles autour de lui,

 

« Nous désignons donc T R..., de son nom patriarcal T Jean III, Patriarche de l'Eglise Gnostique Apostolique, pour Notre Successeur, à charge pour lui de réaliser l'unité de nos deux Eglises, de perpétuer la succession apostolique gnostique, et de diffuser la doctrine traditionnelle de nos deux Eglises.

 

« Nous lui remettons l'Anneau Patriarcal de feu Monseigneur Bricaud, qui fut également l'Anneau de feu Monseigneur Chevillon, et le Nôtre, ainsi que le Sceau de Notre Eglise,

 

« Nous lui remettons les Archives de l'Eglise Gnostique Universelle et ses Rituels, actuellement en Notre possession.

 

«En foi de quoi, nous demandons à Nos Evêques, nos Prêtres et nos Clercs, de reconnaître Notre décision de ce jour pour bonne et valable, et prise en pleine conscience de Nos responsabilités et des intérêts de Notre Eglise, au mieux des intérêts communs.

 

« Donné en Notre Chapelle de Coutances, ce lundi quinzième jour d'Août, en la Fête de Notre-Dame, et l'an du Seigneur le mil neuf cent soixantième, et scellé de Notre Sceau

 

« Signé : T Charles-Henry. » (Sceau de l'Eglise Gnostique Universelle).

 

Effectivement, un an auparavant, le Haut-Synode de l'Eglise Gnostique Apostolique avait décidé, en 1959, de désigner comme Patriarche de cette Eglise T R..., qui décida alors de prendre le nom de Jean III, en hommage à feu Mgr Bricaud.

 

Et le dimanche 20 décembre 1959, en les Fêtes de la Saint-Jean d'Hiver, proches de la Nativité, le Haut-Synode se réunit à Paris. Après lecture des mandats de représentation de certains évêques étrangers et par trop lointains, lecture de la Bulle du Haut-Synode relatant l'élection unanime de l'intéressé par ses pairs, (et à son insu), en septembre 1958, la Liturgie Gnostique, (inspirée de celle dite de Saint-Jacques), fut célébrée par T Andreas, assisté de T Rudiger, en présence des Evêques de France, Italie, Belgique, de tout le Synode d'Ile-de-France, et des représentants des Ordres Martinistes réguliers.

Après la prestation du serment patriarcal par l'Elu, T Charles lui conféra alors le Pallium patriarcal, légué par Mgr Giraud, et destiné à être remis,

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« lorsque les temps seraient venus, à celui qui prendrait la direction de l'Eglise Gnostique », selon des conditions précises, recueillies par T Charles avant la mort de Mgr Giraud, de sa bouche même.

 

Enfin, un splendide Anneau d'Or, portant gravé sut sa table le Sceau du nouveau Patriarche et la devise de l'Eglise Gnostique Apostolique, offert par tous les Evêques de celle-ci, fut remis à l'Elu. Il était demeuré pendant toute la Messe ainsi que le Pallium, à côté du Corporal, sur l'Autel. Et comme le Pallium, il fut « touché » des Saintes Espaces à l'instant de la Consécration. Cet Anneau porte le Sceau de l'Eglise Gnostique Apostolique : la Vierge, assise sur la Cathèdre Céleste, portant sur ses genoux l'Enfant, tenant en ses mains le Lys mystique et le Rameau de Jessé, et dont l'exergue en double ogive porte la devise de la Vierge de Saint-Wandrille : « Ego Mater pulchra dilectionis, a negotio perambulante in Tenebris... » Soit : « Je suis la Mère de toutes grâces, Celle qui veille les pèlerins dans la Nuit... »

 

Le Pallium légué par Mgr Giraud, lui avait été conféré par Mgr Vilatte, lequel l'avait reçu de l'Eglise Jacobite, à Ceylan. Il était donc pris, selon la formule, « à la chaire de Saint Pierre ».

 

Enfin, un petit reliquaire, contenant un fragment de la vraie Croix, (authentifié par un Evêché de France comme conforme à ceux reconnus comme tels par la Sacrée Congrégation des Rites), fut offert au nouvel Elu pour être associé à son tau pectoral, par T Andreas.

 

On le voit, par tout cet enchaînement de faits, la succession et la continuation de l'oeuvre de l'Abbé Julio a été menée à bien jusqu'à notre époque.

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