Introduction

Nous aurions pu intituler ces pages "Les francs-maçons et le pouvoir" mais cela aurait été négliger l’aspect sociologique de ce dossier.

Nous tenons tout d’abord à préciser que nous avons surtout centré notre recherche sur l’influence politique des francs-maçons, au cours de ces derniers siècles.

L’importance maçonnique au niveau politique nous a permis d’observer l’influence sociale que les francs-maçons ont pu avoir par leurs idées, leurs débats. Ceux-ci ont inspirés les hommes politiques, maçons ou non, pour l’établissement des lois sociales.

Nous avons aussi tenté de démystifier la calomnie du complot maçonnique ou judéo-maçonnique, selon les époques.

Nous traiterons de l’influence de la franc-maçonnerie de 1723 à nos jours, de la révolution aux républiques du vingtième siècle en passant par l’empire. Nous avons négligé la période de la seconde guerre mondiale car les francs-maçons français n’y ont pas joué un rôle d’influence.

Nous tenterons d’abord, dans une première partie, de définir l’origine de la franc-maçonnerie puis par l’analyse d’un tableau de loge nous déterminerons les appartenances sociales des Maçons. Enfin, nous démontrerons qu’il est possible d’affirmer que la Franc-maçonnerie est une société à part entière avec son règlement, son langage, sa justice, ses us et coutumes.

Dans une deuxième partie, nous établirons l’influence politique des francs-maçons en dressant un historique puis leur influence sociale en nous appuyant sur des études de rituels de 1720 à nos jours.

Nous tenons à remercier les Maçons qui malgré la discrétion qui règne à l’intérieur de la franc-maçonnerie nous ont indiqué des documents valables et nous ont permis de distinguer les informations inexactes ou totalement erronées ou fausses.

Il nous ont également permis de nous intéresser à une étude de rituels publiés, établie avec leur coopération.

Origines de la Franc-maçonnerie

Il faut séparer la maçonnerie opérative du Moyen-Age de la maçonnerie spéculative qui commence aux environs de 1717.

1. Histoire et légendes.

Des historiens, surtout des maçons, ont établi des origines qui relèvent de la fable.

L’origine mythique qui a été relatée par le révérend Anderson en 1723, voudrait que ce soit Dieu qui ait créé la franc-maçonnerie ensuite Caïn, Enoch, Seth, Noé et d’autres auraient poursuivi l’ordre de Dieu. Le premier grand maître aurait été Moïse.

Mais cette origine "biblique" avait pour but de protéger l’ordre contre l’accusation d’hérésie.

L’origine légendaire affirme que la franc-maçonnerie serait le réceptacle de toutes les traditions initiatiques : mystères romains, celtiques, égyptiens; la Kabbale, le Talmud, les Testaments, ... .

Une telle connaissance pourrait permettre aux Francs-maçons de libérer l’homme des dominations religieuses. Il existe encore des hypothèses mais elles ne précisent en rien l’origine de la franc-maçonnerie.

2. L’origine historique.

La franc-maçonnerie aurait été constituée à partir de confréries de maçons qui construisaient les édifices militaires ou religieux du Moyen-Age. Les siècles passant, les confréries acceptèrent les non-maçons dans leurs rangs. C’est ce qu’on appelle la maçonnerie opérative qui disparaît au dix-huitième siècle, apparaît alors la maçonnerie spéculative.

C’est en 1917 que se crée à Londres, la Grande Loge de Londres qui sera le point de départ de toute la maçonnerie spéculative.

En 1723, le pasteur James Anderson codifie les lois et règlements des loges qui font d’un esprit de tolérance inouïe pour l’époque. En effet la franc-maçonnerie se veut un lieu de rassemblements d’hommes venus d’horizons différents et met en scène à travers ses cérémonies, l’homme dans sa verticalité, c’est à dire l’ascension de l’ouvrier vers l’état de prêtre, de juge puis de Prince; et dans son horizontalité faire face au regard sur soi et à celui des autres.

La première loge française est fondée en 1723 par Lord Derwentwaters et Lord Corelaine fera de même en Espagne en 1737. Dès son apparition en France, la franc-maçonnerie bénéficiera d’un engouement exceptionnel. Elle touchera surtout les couches aisées de la société, bien que l’ordre accueille sans aucune distinction de classe les bourgeois, les artisans, les professions libérales, les industriels et les nobles; seuls les serviteurs sont exclus puisqu’ils ne sont pas libres et que leurs capacités intellectuelles sont jugées insuffisantes.

La franc-maçonnerie se définit d’abord comme un lieu de rencontres et de discussions sur des problèmes sociaux ou philosophiques.

3. Histoire de la franc-maçonnerie.

En 1736, paraît la première bulle d’exclusion du pape Clément XII contre les Francs-maçons, à cause de l’importance grandissante de l’ordre et de l’activité des loges.

La franc-maçonnerie a toujours été persécutée mais elle fut souvent protégée par l’influents personnages, comme en 1737 par les grands aristocrates. Louis XV ménagera les Francs-maçons par l’oubli de la validation de la bulle de Clément XII.

Marie-Antoinette protégera quelques loges nobles parisiennes.

Sous le règne de Louis XV, le grand maître de l’ordre fût le duc d’Antin, un des personnages les plus connu et les plus respecté du royaume. A sa mort se succéderont divers grands maîtres incompétents qui provoqueront l’anarchie de l’ordre.

A partir de 1771, la franc-maçonnerie française dont le grand maître est le duc de Chartres qui deviendra Philippe Egalité et reniera son appartenance à la franc-maçonnerie, devient un lieu de mondanités surtout dans les loges parisiennes. A l’époque, il existe de nombreux chefs de régime maçonnique. L’ordre va se réorganiser, le Grand Orient de France est créé en 1778. Ses loges seront fréquentées par des bourgeois, des nobles et des ecclésiastiques. Des loges féminines d’adoption se créent.

Joseph Balsamo dit Cagliostro établira dans les années 1760 la franc-maçonnerie égyptienne qu’il dit inspirée des rites égyptiens mais l’affaire du collier de la Reine en 1785 enlèvera à son rite une partie de sa crédibilité.

La suite de l’histoire de la franc-maçonnerie est une succession de luttes antimaçonniques ou pro-maçonniques.

Il faut séparer le Grand Orient de France créé en 1773 et la Grande Loge de France créée en 1894. La Grande Loge de France reconnaît un Grand Architecte de l’Univers alors que le Grand Orient y renonce en 1877.

Il existe de nos jours encore de nombreuses obédiences dont les rites diffèrent.

Origine sociale dans la franc-maçonnerie

Il n’existe aucun renseignement précis sur les appartenances sociales des francs-maçons car leurs conditions profanes ne sont inscrites que sur les tableaux de loge qui ne sont pas accessibles au public sauf les très anciens. de plus selon les obédiences les classes sociales peuvent différer.

L’époque est un facteur important pour les appartenances sociales des maçons.

Durant toute la période de la Révolution et peu après, les nobles et les riches bourgeois étaient les classes les plus représentées à l’intérieur des loges.

Sous l’Empire, les militaires seront en majorité chez les Maçons. Durant la troisième République, il y a surtout des bourgeois, des professions libérales; ceux-ci ouvriront les portes aux instituteurs.

Puis durant le vingtième siècle, on a surtout des commerçants, des fonctionnaires et les notables des villes.

Analyse d’un tableau d’une loge.

Nous allons analyser le tableau de la loge de Béthune "L’aurore de la liberté" qui nous donne la composition de la loge en 1791.

La loge est masculine, composée de 29 membres. L’analyse de la colonne "Age" nous donne une moyenne de 34 ans.

ce sont des hommes jeunes, l’espérance de vie étant d’environ 50 ans. Elle nous montre que l’âge n’a aucune importance dans la hiérarchie maçonnique, le premier surveillant étant âgé de 30 ans et le plus vieux membre de l’ordre qui a 52 ans n’exerce aucune fonction particulière au sein de la loge.

La colonne "Qualités civiles" va nous permettre de voir la représentation sociale de cette loge.

Nous avons:

  • 14 militaires
  • 2 négociants
  • 2 prêtres
  • 1 architecte
  • 1 pharmacien
  • 1 avocat
  • 1 imprimeur
  • 1 cultivateur
  • 2 fonctionnaires
  • 2 rentiers
  • 1 médecin
  • 1 aubergiste

C’est une composition assez disparate, il y a une prédominance des militaires qui sont 14 alors que les autres catégories ne sont au maximum représentée que par 2 membres.

D’après les renseignements que nous avons trouvé à la bibliothèque de Béthune, cette ville aurait abrité une garnison ce qui peut expliquer la forte représentation des militaires. L’activité de la loge étant un excellent dérivatif à l’ennui des garnisons de province, mais ce plaisir n’est réservé qu’aux seuls officiers car tous les membres militaires de la loge ont au moins ce grade.

On remarque que les autres professions sont surtout intellectuelles. On peut regrouper 9 personnes dans cette catégorie.

Nous avons 14 militaires, 9 intellectuels sur un total de 29; les autres professions sont : négociants, aubergistes et cultivateur propriétaire. Ce sont des gens aisés.

Cette composition de la loge de Béthune en 1791 nous a permis de remarquer la prédominance des militaires, elle montre aussi que ces membres sont des gens riches et cultivés.

Leurs qualités civiles, tout comme l’âge, n’influent pas sur leurs qualités maçonniques.

Conclusion:

Les francs-maçons durant la période révolutionnaire sont surtout des intellectuels ou des nantis.

Les militaires investissent en grand nombre les loges.

L’ordre devient un lieu de mondanités, qui par les rencontres et l’entraide fraternelle permet de consolider les postions sociales.

Bien que l’ordre s’affirme universel, seules les catégories les plus aisées sont représentées. Cependant les nobles ne sont pas aussi nombreux qu’on pourrait le penser, dans la loge de Béthune, ils ne sont que trois et leur titre n’est pas précisé dans la colonne "Nom des Frères".

Un mode de vie particulier: Une manière de vivre

. Une manière de vivre.

N’est pas franc-maçon qui veut, l’ordre exige un certain nombre de critères tels un casier judiciaire vierge, avoir atteint la majorité légale, pratiquer de bonnes moeurs, ... pour permettre l’accès aux loges.

L’apprenti se doit de respecter le code de vie des francs-maçons qui exige de "savoir poursuivre et intensifier l’effort fourni par tous ceux qui se sentent engagés dans la merveilleuse aventure du devenir humain contre toute atteinte à la dignité de l’homme, prendre conscience de la solidarité organique qui nous unit et sans laquelle les hommes ne sont que des fauves s’entre-déchirant" (extrait de Point de vue initiatique n°21, premier trimestre 1971). "La franc-maçonnerie n’est pas une doctrine mais une méthode de culture sur les idées et les moeurs.

Chez les francs-maçons, il existe une entraide et une grande solidarité entre ceux qui se reconnaissent pour frères.

La franc-maçonnerie exige le secret des rites, des symboles mais un franc-maçon peut donner connaissance de son appartenance, il ne peut pas dévoiler l’identité de l’un de ses frères.

Le tutoiement est de rigueur dans la loge, peu importe l’origine sociale ou la position hiérachique au sein de la loge.

Malgré cette qualité presque parfaite, la tradition veut que le grand maître et les grands officiers bénéficient de privilèges particuliers.

L’orateur est le seul officier à être indépendant du vénérable, il a le droit à la parole.

La franc-maçonnerie possède sa propre justice, chaque obédience possède un tribunal et des magistrats. Le tribunal est élu par les frères, il instruit les problèmes de la loge et les plaintes d’un maçon contre un autre maçon.

Les principes de cette justice sont simples, la sanction consiste à exclure le contrevenant aux règlements de l’obédience, de la loge.